
Pillion, Harry Lighton
Le pillion, je l’ai appris à cette occasion, est le nom du siège arrière destiné à un passager sur une moto. C’est aussi le nom du premier film de Harry Lighton, avec un choix osé pour lancer sa carrière : une comédie romantique gay… BDSM. Pillion raconte la relation amoureuse entre Colin et Ray. Le premier est un jeune homme frêle et timide qui vit encore chez ses parents et dont la seule activité sociale, en dehors de son travail d’agent verbalisateur, est une chorale. Le deuxième est à l’opposé : plus âgé, musclé, motard en cuir, il attire immédiatement le regard de Colin, qui découvre vite le penchant de Ray pour la domination, tout comme son attrait pour cette pratique. Leur premier rendez-vous est expédié en quelques minutes au fond d’une allée sombre, le dominé sur ses genoux le soir de Noël. Cette scène arrive assez tôt dans le film et elle est assez impressionnante, il faut bien le dire. Harry Lighton ne détourne pas le regard, il fonce sur son sujet et plonge autant ses spectateurs que son jeune personnage dans un univers méconnu.
Le BDSM en tant que pratique purement sexuelle est relativement courante, du moins assez connue. Ce que Pillion représente est assez différent toutefois : on ne parle pas juste de menottes au lit, c’est toute la relation entre Collin et Ray qui est organisée selon une domination. Le dominé fait la cuisine, le ménage, les courses et répond à tous les besoins et désirs de son maître, sans discuter. Cela va plus loin : il ne manque pas à sa table et ne dort pas dans son lit, le tapis au pied du couchage est tout ce qu’il a droit. Pendant que Ray lave sa moto le matin, Collin lui prépare son petit déjeuner et range le logement. Ce ne serait pas consenti, on parlerait d’esclavage moderne, mais tout est consenti… jusqu’à un certain point. C’est ce que j’ai trouvé le plus intéressant ici, le scénario également écrit par Harry Lighton — ce qui force le respect, au passage : c’est également son premier — n’esquive pas les sujets difficiles, sans porter de jugement négatif sur la pratique. C’est vrai qu’elle peut mettre mal à l’aise et on comprend la réaction de la mère inquiète pour son fils. Néanmoins, le long-métrage est très clair sur le fait que Colin y trouve son compte lui aussi, ce n’est pas une relation abusive… même si l’intrigue ne tombe pas dans l’angélisme non plus. La relation BDSM permanente finit par peser sur le dominé, qui attend des marques d’affection de la part de son maître. Sans trop en révéler, c’est ce déséquilibre qui finit par peser sur cette relation atypique. Avec des questions très intéressantes qui se posent, sur les attentes de chacun et surtout l’impossibilité d’y répondre. J’ai trouvé l’exploration psychologique des deux personnages passionnante, d’autant qu’elle n’est jamais explicite tout en restant bien claire.
Outre pour le travail de son réalisateur et scénariste, Pillion impressionne aussi par le duo d’acteurs principaux. Alexander Skarsgård est épatant dans le rôle de Ray, entre dureté de la domination et la tendresse qui ressort malgré tout dans ses relations avec Colin. Plus encore, j’ai été bluffé par Harry Melling, qui est désormais bien loin du Dudley rondouillard qui l’a fait connaître. Ses traits atypiques collent bien avec le personnage, mais c’est surtout son engagement dans ce rôle sans doute difficile qui épate. Il donne de sa personne et il est vraiment excellent d’un bout à l’autre. Voilà qui donne bien envie de le voir ailleurs, tout comme je garderai un œil attentif sur la carrière de Harry Lighton.