
Projet Dernière Chance, Phil Lord et Chris Miller
Si j’avais beaucoup entendu parler de ce film à sa sortie en salle, j’avais pris grand soin d’en apprendre le minimum à son sujet. Grand bien m’en a pris, tant découvrir Projet Dernière Chance1 sans rien savoir à son sujet s’est avérée une expérience riche et plaisante. De la même manière, je vous recommande vraiment d’arrêter ici votre lecture si vous n’avez pas encore vu le long-métrage, la séance n’en sera que meilleure. Inutile de savoir plus que le strict minimum et si vous aimez la science-fiction et le visage de Ryan Gosling, le dernier projet de Phil Lord et Chris Miller devrait certainement vous plaire.
Un vaisseau spatial au milieu de l’univers, un équipage qui se réveille d’un long sommeil… on a déjà vu ça quelque part, n’est-ce pas. Pourtant, le film se distingue dès les premières minutes par son traitement fortement réaliste. Pas de cuves de cryogénisation qui s’ouvrent avec de la fumée sur des humains parfaitement en forme, le réveil de Ryland Grace est bien plus compliqué et douloureux. Un robot ouvre un sac qui le maintenait dans son état comateux, avant de tirer sur un tube d’intubation, ce qui le réveille dans une douleur que l’on imagine intense. En ajoutant à cela une phase d’amnésie temporaire et la découverte que les deux autres membres d’équipage sont morts, les premiers pas du personnage principal sont pour le moins chaotiques et c’est aussi le cas pour les spectateurs. Projet Dernière Chance a la bonne idée de nous plonger dans une situation chaotique, avant de revenir en arrière pour l’expliquer par la suite. Le dispositif est assez classique, et le choix de Phil Lord et Chris Miller de deux ratios d’image différents pour distinguer le présent du passé m’a semblé un peu facile, mais il faut reconnaître que l’ensemble fonctionne très bien. Grâce à cette construction, on apprend peu à peu que la Terre est menacée par une étrange forme de vie qui semble « tuer » toutes les étoiles, dont notre soleil, sauf une. Une mission est mise au point pour s’y rendre et découvrir pourquoi, ce qui occupe l’essentiel des deux heures et demi. Même s’il y a quelques personnages secondaires dans les flashbacks, l’essentiel du long-métrage tient sur les épaules de Ryan Gosling et sur l’étrange corps de « Rocky », l’extra-terrestre lui aussi en quête de réponses avec qui il collabore. On comprend en voyant le résultat pourquoi l’acteur tenait avant même la sortie du livre à sécuriser les droits et interpréter ce rôle. Il est parfaitement à son aise pour jouer ce personnage de scientifique déclassé, devenu prof de collège et sauveur bien malgré lui de la planète entière. Pour un peu, on pourrait croire que le rôle a été écrit pour lui et force est de constater qu’il est excellent, avec pile la bonne dose d’humour qui était nécessaire.
C’est d’ailleurs la plus grosse surprise pour ma part : Projet Dernière Chance est un amusant et penche davantage vers la comédie que le drame. Les enjeux sont extrêmement sérieux, la planète se meurt après tout — un clin d’œil assez clair au dérèglement climatique, en passant —, mais le film ne l’est pas. Toutes les interactions entre Ryland et Rocky sont teintées d’un humour que j’ai trouvé bien dosé, juste assez pour empêcher le projet de se prendre trop au sérieux, une bonne idée. C’est léger sans devenir ridicule et la relation qui se forme entre les deux créatures est même étonnamment touchante. Je ne m’attendais pas non plus à une telle dose d’émotion à un moment clé du film, ni à ce qu’elle soit si bien gérée. Pas une fausse note, c’est bien amené et c’est une vision rafraichissante d’une rencontre avec un extraterrestre. Le choix d’un marionnettiste pour animer Rocky joue sans doute, en tout cas cela a sûrement contribué aux réponses plus naturelles de Ryan Gosling.
Bien sûr, on reste en pleine science-fiction avec ces étranges particules qui contiennent tant d’énergie et il n’est pas question de parler de réalisme. Néanmoins, cette vision du genre, qui essaie de rester crédible tout en étant plus simple, peut-être plus humaine, proposée par Phil Lord et Chris Miller m’a vraiment convaincu et j’ai passé un très bon moment. Je recommande !
Quelle traduction littérale décevante, encore une fois. Le nom anglais, Project Hail Mary, me semble bien meilleur… ↩︎