
Proud, HBO
L’homoparentalité reste un sujet rare dans les séries, alors j’étais forcément intrigué par Proud. La création de HBO Max est d’autant plus attirante qu’elle est… polonaise ! La Pologne n’est pas vraiment le premier pays auquel on penserait pour raconter l’histoire d’un gay qui devient père du jour au lendemain, mais c’est justement un défi intéressant et un message appuyé. La mini-série de huit épisodes oscille en effet entre la petite histoire, celle de Filip, mannequin gay qui profite de la vie sans se soucier de rien ni personne jusqu’au jour où sa sœur meurt brutalement et laisse Tosia orpheline, et le récit politique. Dès que possible, le scénario fait de la place à l’homophobie ouverte du pays, avec des séquences d’une violence incroyable, même si elle n’est jamais physique. Cette scène notamment, où une personne des services sociaux vient inspecter le logement et part aussi vite que possible, en indiquant haut et fort qu’elle ne donnera jamais son accord à un gay. C’est peut-être moins hypocrite que dans d’autres pays, où la même pensée serait bien présente, mais tout simplement cachée. Ça n’en est pas moins une énorme baffe, qui laisse le personnage principal symboliquement à terre.
Proud commence en enfilant les clichés. Jusqu’à la mort de sa sœur, Filip est une caricature ambulante, constamment alcoolisé et drogué, allant d’une soirée en boîte à une partouse, en passant par une séance photo où il se pointe souvent mal en point. Cette avalanche de lieux communs sert à créer un contraste avec la fulgurante évolution qui suit. Face à cet enfant d’un an, le jeune homme ne choisit pas de fuir en l’abandonnant dans un orphelinat, il devient père presque du jour au lendemain. Le sevrage n’est pas évident, même si c’est surtout les batons dans les roues de son pays qui pèsent lourd. L’adoption en Pologne est presque toujours une affaire de couple hétérosexuel, éventuellement de femmes célibataires, jamais d’hommes seuls et encore moins d’homosexuels. Il n’a aucune chance et pourtant, il se bat jusqu’au bout pour la garde de cet enfant, devenu la personne la plus importante à ses yeux. Il se fiche de perdre son travail et ses relations et devient un tout autre homme. C’est assez beau à voir et surtout, c’est crédible. C’est quelque chose qui m’a frappé d’ailleurs : Proud impressionne par le talent de tous ses acteurs, jusqu’à la plus jeune. L’enfant qu’ils ont trouvé pour interpréter Tosia est bluffante en faisant pile ce qu’il faut à tout moment et je me demande encore comment on obtient de tels résultats avec un bébé. Dans le rôle de Filip, Ignacy Liss est lui aussi excellent : il est tout aussi cohérent en mannequin partouseur qu’en père attentionné et son jeu ne souffre d’aucune critique.
La saison se termine abruptement et j’ai été assez déçu de découvrir qu’elle n’aurait pas de suite. Pensée dès le départ comme une mini-série, Proud est une superbe réussite, avec un scénario et des personnages bien écrits d’un bout à l’autre et même le final ouvert est convaincant. Malgré tout, j’aurais aimé en voir plus de Filip et Tosia, leur famille choisie aurait mérité plus de temps et je suis sûr que l’on aurait pu croiser davantage la terrifiante famille du père biologique. Même si c’est décevant de s’arrêter là, la création de HBO vaut carrément le détour : je recommande sans la moindre hésitation !