Queer as Folk, Channel 4

Queer as Folk, Channel 4

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La version américaine de Queer as Folk restant un pilier dans la découverte de ma sexualité, j’avais toujours eu dans un coin de ma tête l’idée de regarder l’originale. Avant la série de Showtime, c’est Russel T. Davies qui s’y colle pour l’épatante chaîne Channel 4, avec une sorte de mini-série prolongée de deux épisodes formant une deuxième saison. L’ensemble reste ainsi très court, dix épisodes, majoritairement d’une demi-heure, et il ne faut pas s’attendre à des personnages aussi creusés, forcément. Pour autant, j’étais frappé par la proximité entre les deux séries, au moins au début. Le pilote est un calque presque parfait de ce que la chaîne américaine a imaginé : on retrouve exactement les mêmes personnages et le même arc global, avec cette découverte d’un quartier gay par un jeune minet (Nathan) qui termine la nuit chez le mec (Stuart) qui couche avec tous les beaux gosses avant de les jeter sans ménagement. Ici aussi, le jeunot perd sa virginité et tombe amoureux dans la foulée, et il y a également le troisième du trio, le meilleur-ami (Vince) secrètement amoureux du tombeur, mais qui n’a jamais couché avec lui. Bref, un triangle assez classique, revisité ici sur un mode gay et trash… beaucoup plus trash d’ailleurs.

Les séries britanniques ont cette réputation, surtout celles de Channel 4, et Queer as Folk n’y déroge pas. Dès le pilote, Russel T. Davies plonge les spectateurs dans un univers de soirées endiablées, de boîtes de nuit et de sexe dans les toilettes. C’est la première série télévisée aussi centrée sur des personnages homosexuels et aussi ouvertement sexuelle, choquant apparemment quelques spectateurs lors de sa diffusion initiale en 1999. Loin d’être prude, j’ai été aussi frappé de constater que le minet original est présenté comme un jeune de 15 ans. Même si Charlie Hunnam — absolument totalement méconnaissable dans ce rôle d’ailleurs ! Même en sachant que c’est lui, je n’arrive pas à l’identifier dans cette série — avait 18 ou 19 ans au moment du tournage et semble bien plus vieux que son personnage, je me demande pourquoi ils ont choisi cet âge, qui mène à une relation critiquable, y compris au regard de la loi. La version de Showtime a corrigé le tir en faisant de Justin un garçon de 17 ans, ce qui laisse suffisamment d’écart avec son amant pour que ce soit un moteur de l’intrigue, mais en évitant tout soupçon d’abus de mineur.

Ce n’est pas le seul élément qui a mal vieilli dans Queer as Folk. J’ai trouvé aussi la représentation des relations homosexuelles particulièrement caricaturales, avec notamment des baisers d’une intensité vraiment ridicule. Les trois acteurs principaux sont hétérosexuels et c’est peut-être une partie de l’explication, mais c’est aussi leur direction qui ne va pas. Cela dit, c’est toute la série qui semble constamment comme sous cocaïne, ce qui est certainement un effet recherché par Russel T Davies. La drogue est étonnamment absente d’ailleurs, enfin sauf la cigarette qui débarque brutalement et sans raison dans la deuxième saison et sauf l’alcool, bien entendu, alors peut-être que cette réalisation énervée est une manière de l’évoquer malgré tout. C’est peut-être aussi le style de l’époque, avec des séquences qui rappellent presque certains clips d’alors. Quoi qu’il en soit, j’ai trouvé que c’était assez déplaisant et que ça nuisait à l’histoire. On n’a jamais vraiment le temps de connaître les personnages, alors que la relecture américaine de Queer as Folk va justement beaucoup plus loin dans ce domaine. Dommage, même si je dois saluer le travail des acteurs hors des scènes intimes : Aidan Gillen, en particulier, est vraiment très bon.

Malgré ses nombreux défauts, je ne regrette pas d’avoir regardé ce qui reste un pilier de l’histoire de l’homosexualité à la télévision. Alors que l’on approche du vingt-huitième anniversaire de sa diffusion originale, on a du mal à imaginer aujourd’hui l’effet que la création de Channel 4 en son temps. Voir des hommes nus et baiser ensemble n’est plus si original de nos jours, mais à l’époque, c’était une forme de revendication. Aussi imparfaite soit elle, la Queer as Folk de Russel T Davis gardera une place dans mon esprit pour avoir lancé la série de Showtime. Qui a peut-être elle aussi mal vieilli depuis que je l’ai découverte, il y a une bonne vingtaine d’années. Je crois que je ne préfère pas le vérifier…

Informations

Année : 1999 à 2000

  • Nationalités :
  • Canada
  • Royaume-Uni
  • Genre :
  • Drame

Durée : 10 épisodes de 31 à 46 minutes